couverture du livre: BDSM

français · 128 pages · ISBN 979-8259101166

BDSM

et éros contemporain

Le BDSM est souvent lu à travers le fantasme, la technique ou la transgression. Ce livre propose autre chose : le penser comme expérience du désir, du pouvoir et du lien.
En dialogue avec Freud, Jung, Hegel, Foucault, Bataille, Girard ou Deleuze, cet essai explore une autre lecture de la domination consentie : non comme simple rapport de force, mais comme espace relationnel où consentement, responsabilité, imagination et co-création du désir peuvent se rencontrer.
De la sapiosexualité aux mutations contemporaines du genre, du pouvoir partagé à la sublimation du lien, l’ouvrage interroge ce que certaines pratiques BDSM révèlent plus largement de l’éros contemporain.
Bataille pense l’érotisme par la transgression, Freud par la pulsion, Foucault par le pouvoir.
Ce livre tente de le penser par la relation.

Extrait

Extrait – BDSM

Cet extrait propose une entrée dans les questions qui traversent ce livre, autour du désir, des dynamiques relationnelles et des formes contemporaines de la sexualité. Il correspond aux premières pages de l’ouvrage (environ 7000 caractères), afin de permettre au lecteur d’en saisir le ton et l’approche.

Table des matières

  • A propos de l’auteur
  • Table des matières
  • Prologue
  • Pourquoi penser le BDSM ?
  • I - Généalogies du désir et du pouvoir
    • Chapitre 1 - Freud, la pulsion et les limites du soupçon
    • Chapitre 2 – Jung et les archétypes du pouvoir érotique
    • Chapitre 3 - Winnicott, confiance, jeu et abandon choisi
    • Chapitre 4 – Psychanalyse du désir, limites du pouvoir
  • II – Figures du pouvoir érotique
    • Chapitre 5 – Hegel et le paradoxe maître-esclave
    • Chapitre 6 – Foucault, pouvoirs du corps, corps du pouvoir
    • Chapitre 7 – Bataille et l’érotisme du dépassement
    • Chapitre 8 – Girard et la réversibilité du pouvoir
    • Chapitre 9 – Le pouvoir partagé et réciproque
  • III Mutations des normes de l’éros contemporain
    • Chapitre 10 – Crise du masculin et mutations culturelles de la séduction
    • Chapitre 11 – Sapiosexualité et érotisation de l’esprit
    • Chapitre 12 – Le coïto-centrisme est-il mort ?
    • Chapitre 13 – Pansexualités au-delà du genre
    • Chapitre 1 4 – Pansexualités au-delà du corps
    • Chapitre 15 – Le BDSM laboratoire de l’éros contemporain
  • IV – Nouvelle éthique du BDSM
    • Chapitre 16 – Éthique du consentement et responsabilité
    • Chapitre 17 – Co-création du désir BDSM
  • Épilogue
    • Le désir après le pouvoir
  • Glossaire
  • Inspirations
    • Psychanalyse et imagination du désir
    • Pouvoir, reconnaissance et transgression
    • Éros, altérité et contemporanéité
    • BDSM, désir et pensée

Prologue

Pourquoi penser le BDSM ?

Le BDSM est souvent abordé comme pratique, plus rarement comme objet de pensée.

On l’a décrit comme transgression, parfois comme symptôme, parfois comme simple variation érotique. Plus rarement, on s’est demandé ce qu’il permet de comprendre du désir, du pouvoir et des formes contemporaines du lien.

C’est l’objet de ce livre.

Dans Sublimer le BDSM par le désir et la pensée, j’ai cherché à décrire une vision du BDSM comme expérience relationnelle où l’érotique ne se réduit ni à l’acte sexuel ni au rapport de force apparent. Ce livre prolonge cette réflexion autrement : en mettant cette expérience en dialogue avec ceux qui ont pensé le désir, l’éros, la domination, l’attachement ou la transgression.

Freud, Jung, Foucault, Bataille et d’autres ne sont pas convoqués ici comme autorités chargées de valider une pratique. Ils servent plutôt à éprouver des hypothèses, à déplacer certaines évidences, parfois à montrer les limites de cadres théoriques hérités.

Une question traverse l’ensemble : que devient le pouvoir lorsqu’il ne se réduit pas à une domination unilatérale ?

Dans l’expérience BDSM, celui qui paraît détenir le pouvoir ne l’exerce souvent qu’à partir d’un pouvoir confié. Celle qui se soumet ne disparaît pas dans cette asymétrie ; elle peut en fixer les conditions, en reprendre les limites, parfois en orienter le sens.

Ce paradoxe ne relève pas d’un détail interne aux pratiques BDSM. Il engage une réflexion plus large sur le pouvoir comme relation.

Les transformations contemporaines autour du consentement, des normes de séduction, des identités de genre ou du décentrement du modèle coïto-centrique ne sont pas extérieures à cette réflexion. Elles la traversent.

Le BDSM peut alors apparaître non comme une exception marginale, mais comme un lieu où certaines mutations de l’éros deviennent particulièrement lisibles.

Chaque chapitre procède par dialogue. Un problème est posé, un auteur est convoqué, une hypothèse est mise à l’épreuve, puis rapportée à cette interrogation centrale : ce que le BDSM permet de penser du désir.

C’est dans ce sens que ce livre a été écrit.

- note -

Une précision doit accompagner cette entrée en matière.

Le langage de ce livre mobilise parfois les figures du maître et de la soumise. Ces termes relèvent en partie d’une tradition symbolique du BDSM, mais aussi d’une expérience située depuis laquelle j’écris.

Ils ne doivent pas être compris comme limitation du propos à une seule configuration du désir.

Tout au long de cette réflexion, ces figures renvoient plus largement à ce que j’appellerai, lorsque cela devient nécessaire, des dynamiques de domination et de soumission, entendues comme positions relationnelles plutôt que comme identités fixées ou assignées à un genre.

Cette distinction importe.

Car les analyses proposées ici concernent des configurations susceptibles de se déployer à travers tous les genres, toutes les orientations, toutes les compatibilités de désirs.

Si le vocabulaire du maître et de la soumise demeure parfois présent, c’est comme figure particulière d’un champ plus vaste que ce livre cherche précisément à penser


I - Généalogies du désir et du pouvoir

Chapitre 1 - Freud, la pulsion et les limites du soupçon

Commencer ce livre avec Sigmund Freud ne relève ni d’un hommage obligé ni d’une fidélité doctrinale. Freud constitue plutôt un passage nécessaire parce qu’il a profondément modifié notre manière de penser le désir. Beaucoup d’idées qui paraissent aujourd’hui presque évidentes, l’existence d’un inconscient, l’ambivalence des attachements, le fait que le désir n’obéisse pas entièrement à la volonté consciente, lui doivent quelque chose.

Cela mérite d’être rappelé, d’autant que beaucoup connaissent Freud davantage par réputation que par lecture directe.

Ce qui importe ici n’est pas l’ensemble de son œuvre, immense et parfois contradictoire, mais quelques intuitions utiles pour interroger le BDSM.

La première est que le désir humain ne se réduit pas à la recherche d’un plaisir simple ou immédiatement lisible. Il peut emprunter des voies détournées, investir l’interdit, trouver son intensité dans l’attente ou dans la tension elle-même. C’est dans ce cadre que Freud introduit la notion de pulsion, qu’il faut entendre non comme un simple instinct biologique mais comme une dynamique psychique complexe, susceptible de prendre des formes multiples.

Cette idée aide déjà à penser des pratiques où le plaisir ne passe pas uniquement par la décharge sexuelle mais peut se construire dans le rituel, l’asymétrie ou l’épreuve.

Une seconde notion importante est celle de sublimation. Freud désigne par là la possibilité que certaines intensités pulsionnelles soient élaborées, transformées, mises en forme plutôt que simplement déchargées. Cette idée ouvre une question qui demeure féconde : le désir peut-il être travaillé ?

C’est précisément là qu’un dialogue devient possible avec le BDSM.

Ce que j’ai cherché à montrer dans mon premier ouvrage sur le sujet Sublimer le BDSM par le désir et la pensée tient en partie à cela : certaines pratiques ne relèvent pas seulement d’une expression pulsionnelle, mais d’une construction où le désir se raffine à travers le langage, les protocoles, les rythmes, la mise en scène du pouvoir.


Extrait limité aux 7000 premier caractères — version complète disponible dans le livre.

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