couverture du livre: Métasexualité

français · 123 pages · ISBN 979-8195115098

Métasexualité

Le désir est souvent perçu comme une évidence personnelle. Pourtant, il s’inscrit dans des cadres qui en orientent les formes et les limites.
Corps, genre, âge, couple, centralité du coït : ces repères structurent la manière dont la sexualité est pensée et vécue. Ils ne sont pas naturels. Ils résultent d’une construction historique et sociale.
Cet essai propose d’en analyser le fonctionnement et d’en montrer les effets.
Il introduit un concept : la métasexualité.
La métasexualité ne désigne ni une orientation ni une pratique. Elle correspond à une position dans laquelle les normes cessent d’être des conditions exclusives du désir.
Ce livre ne propose pas un nouveau modèle.
Il propose de comprendre pourquoi aucun modèle ne suffit à définir le désir.

Extrait

Extrait – Métasexualité

Cet extrait propose une entrée dans les questions qui traversent ce livre, autour du désir, des dynamiques relationnelles et des formes contemporaines de la sexualité. Il correspond aux premières pages de l’ouvrage (environ 7000 caractères), afin de permettre au lecteur d’en saisir le ton et l’approche.

Table des matières

  • A propos de l’auteur
  • Table des matières
  • Prologue
    • L’hypothèse de la métasexualité
  • La construction du désir
      1. La construction du désir
      1. Le corps normé
      1. La norme de genre et de complémentarité
      1. L’âge et la légitimité du désir
      1. La norme du couple
      1. Le coïtocentrisme
      1. Le système du désir
  • Déplacer les normes
      1. Au-delà du coïtocentrisme
      1. Le plaisir décentré
      1. Le désir au-delà des normes
  • Conditions du basculement
      1. Un moment de bascule
      1. Conditions du possible
  • La métasexualité
      1. La métasexualité
      1. Formes de la métasexualité
      1. Suis-je métasexuel ?
      1. Limites et malentendus
      1. Mettre le concept de métasexualité à l’épreuve
  • Épilogue
  • Glossaire
  • Inspirations
    • Philosophie et histoire de la sexualité
    • Psychanalyse et théorie du désir
    • Sociologie du désir et des relations
    • Genre et normes
    • Désir mimétique
    • Traditions érotiques
    • Littérature et dynamiques relationnelles
    • Position de cet essai
    • Repères complémentaires

Prologue

L’hypothèse de la métasexualité

La sexualité contemporaine s’organise autour de normes largement partagées, le plus souvent implicites.

Elles concernent d’abord les corps. Tous ne sont pas perçus comme également désirables, et cette hiérarchie varie selon des critères physiques, d’âge ou d’apparence qui ne sont pas neutres.

Elles concernent ensuite le genre. Le désir est encore largement pensé à partir de catégories relativement stables, qui définissent ce qui paraît évident, attendu ou, au contraire, marginal.

Elles concernent également les formes relationnelles. Le couple à deux, durable et exclusif, continue de constituer une référence dominante, même lorsqu’il est discuté ou aménagé.

Enfin, une norme plus discrète organise l’ensemble : la sexualité est souvent pensée à partir d’un centre, le rapport sexuel entendu comme coït, autour duquel les autres formes de plaisir viennent se disposer.

Ces normes ne relèvent pas d’une nature du désir. Elles sont le produit d’une histoire. Elles ont varié selon les périodes, les milieux sociaux, les cultures. Pourtant, dans leur forme actuelle, elles tendent à se présenter comme allant de soi.

Les transformations récentes ne les ont pas fait disparaître, mais elles en ont rendu les contours plus visibles. Ce qui paraissait stable apparaît désormais comme situé.

C’est à partir de ce constat que s’ouvre ce livre.

Que reste-t-il de la sexualité quand on retire les normes qui l’organisent ?

La question ne suppose pas qu’il soit possible de supprimer toute forme de cadre. Elle vise plutôt à interroger ce qui, dans le désir, ne se réduit pas aux structures qui l’ont longtemps rendu lisible.

J’appelle métasexualité cette possibilité.

Il ne s’agit pas d’une identité ni d’une catégorie supplémentaire. Il ne s’agit pas non plus d’un ensemble de pratiques.

La métasexualité désigne un rapport au désir dans lequel les normes héritées — celles du corps, du genre, de l’âge adulte — ne déterminent plus entièrement ce qui peut être désiré, et dans lequel le coït cesse d’en constituer le centre.

En ce sens, la métasexualité n’appartient pas à des minorités définies ; elle désigne une possibilité ouverte.

Ce livre propose d’en examiner les conditions.

Il s’agira d’abord de revenir sur la manière dont ces normes se sont construites.

Puis d’analyser les points à partir desquels elles peuvent être mises en question.

Enfin, d’explorer ce qui devient pensable lorsque leur évidence se relâche.

Ce livre propose un déplacement.

Il interroge des formes qui se sont construites sur la durée et qui, pour beaucoup, continuent de structurer le désir, le couple et le plaisir. Ces formes ne sont ni disqualifiées ni opposées à d’autres. Elles constituent un point d’appui, un cadre dans lequel chacun peut se reconnaître, s’inscrire, ou auquel il peut choisir de rester attaché.

Tout le monde n’a pas nécessairement le désir de déplacer ces cadres. Tout le monde n’a pas besoin de les remettre en question. Ce livre ne suppose ni adhésion ni transformation. Il propose une autre lecture possible.

La métasexualité ne vise pas à remplacer des normes par d’autres, ni à établir une hiérarchie entre les formes du désir. Elle désigne un écart, une manière de ne pas tenir ces formes pour absolues.

Ce qui est ici exploré n’est pas une alternative à adopter, mais une possibilité à considérer.

La construction du désir

1. La construction du désir

Le désir est souvent présenté comme une disposition spontanée, relevant d’une inclination individuelle. Cette représentation suppose que les préférences se forment indépendamment de leur environnement. Une telle hypothèse ne permet pas de rendre compte de la variabilité des formes du désir selon les contextes sociaux, culturels et historiques.

Le désir se construit à l’intérieur de cadres qui en orientent les objets, les formes et les conditions d’expression. Ces cadres interviennent dès l’enfance par l’intermédiaire de codes, de normes et d’attentes qui structurent progressivement la perception de ce qui est désirable.

L’association du bleu aux garçons et du rose aux filles constitue un exemple simple de ce processus. Cette répartition, aujourd’hui largement diffusée dans les sociétés occidentales, n’est pas universelle. Au début du XXe siècle, dans plusieurs pays européens et aux États-Unis, ces codes pouvaient être inversés. Leur fonction ne relève pas d’une nécessité naturelle, mais d’une convention socialement construite.


Extrait limité aux 7000 premier caractères — version complète disponible dans le livre.

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